Ma lettre à Angela Merkel

Mon cochon, mon chef-d'oeuvre.

Chère Angela,

C’est en désespoir de cause et après avoir tenté de convaincre mes différents profs d’allemand durant toutes mes années d’études que je m’adresse aujourd’hui à vous.

En 4ème primaire, il y a une vingtaine d’années de cela, j’ai eu mon premier cours d’allemand.

Avec ma curiosité légendaire, j’ai adoré faire la découverte de cette nouvelle discipline… Durant les 3 premiers mois du moins. Jusqu’à ce que je réalise que cette langue n’était pas du tout au point puisque presque entièrement basée sur le hasard. Oui, le hasard.

Prenons par exemple le cas édifiant de la gestion des déterminants :

J’ai essayé durant de longues semaines de comprendre quelle logique se cachait derrière leurs utilisations. J’ai testé toutes les combinaisons possibles. Fallait-il après l’utilisation de 2 « das », glisser 1 « der », suivi de 3 « die » ? Ou d’abord 2 « die », 4 « der » et 1 « das » ? Comme je tombais à chaque fois à côté, j’ai abandonné cette piste pour émettre d’autres hypothèses. Je suis allé, c’est vous dire, jusqu’à observer les visages de mes interlocuteurs pour comprendre s’il y avait un lien entre leurs expressions et les genres à associer aux mots : Le neutre pour un sourire, le masculin pour la colère et le féminin pour la tristesse ? Je n’ai malheureusement pas rencontré plus de succès de ce côté-là.

Après plusieurs semaines d’essais infructueux, j’ai dû me rendre à l’évidence : IL N’Y A AUCUNE LOGIQUE ET SEUL LE HASARD ENTRE EN JEU. J’ai donc appliqué cette technique en me disant, qu’après tout, j’avais toujours 1 chance sur 3 de tomber juste. Mais là encore, je me fourvoyais visiblement puisque mon taux de réussite fut plus proche des 5% que des 30%. En effet, si, durant une journée, je décidais de n’utiliser que le « der », vous pouviez être sûr qu’il ne tomberait qu’une ou deux fois alors que le lendemain, après avoir choisi le « das », je voyais subitement une pléthore de « der » défilée devant mes yeux incrédules.

Les statistiques allemandes, comme les déterminants, ont probablement leur manière bien à elles de fonctionner.

Dans un autre registre, mes profs m’ont prédit une vie faîte d’échecs et de désillusions si je décidais d’ignorer cette langue : « Sans l’allemand, vous ne trouverez pas de travail » me disaient-ils…

Bon, sur ce dernier point, je dois avouer qu’ils avaient partiellement raison. Musicien, ce n’est pas vraiment un travail. Alors, j’ai voulu tester si l’allemand aurait pu m’offrir un job, un vrai.

Pour ce faire, j’ai consulté les offres d’emploi d’un journal et je suis tombé sur l’annonce de la menuiserie Ducommun proposant un poste à plein temps comme menuisier-ébéniste. Parfait pour mon test puisque les travaux manuels sont un domaine dans lequel ma médiocrité est unanimement reconnue.

Lors de l’entretien d’embauche, le recruteur m’a demandé quelles expériences j’avais du travail du bois. Pas peu fier, je lui ai alors montré une photo de la planche à découper en forme de cochon que j’ai réalisée en 6ème. Comme il ne montra que peu d’intérêt pour l’ouvrage et que mon expérience de deux ans à raison d’une heure toutes les deux semaines à l’école primaire ne semblait pas lui suffire, je décidai de sortir « la botte secrète » en prétendant être parfait bilingue Français-Allemand. Et bien je suis désolé de vous le dire, mais je n’ai pas été engagé. L’ALLEMAND NE PERMET DONC PAS DE TROUVER DU TRAVAIL.

Pour finir, mes profs m’ont dit que cette langue serait fort utile pour me faire comprendre. J’ai donc une nouvelle fois mis en place une petite expérience :

Figurez-vous que j’organise chez moi, tous les deux jours environ, une soirée raclette à laquelle je convie l’élite des amateurs de fromage de Lausanne. Ces personnes sont des êtres d’exception, tous dotés d’un très grand appétit. Si vous les invitez un jour chez vous, Chère Angela, comptez 500 grammes de fromage et 750 grammes de pommes-de-terre par tête de pipe. En outre, pour une soirée réussie, n’oubliez pas d’acheter également :

  • des petits cornichons Chirat
  • des oignons (les gros que l’on découpe en fines tranches hein pas les infâmes petites boules déjà épluchées qui baignent dans le vinaigre)
  • un peu de sel (pour les patates), un peu de poivre (pour le fromage)
  • du vin rouge. Oui, parce que je ne sais pas qui a décidé qu’avec la raclette on devait boire du blanc : EN VRAI, TOUT LE MONDE DETESTE LE BLANC
  • et pour le dessert, des meringues double-crème.

Mais je m’égare.

Lors de notre dernière réunion, j’ai décidé de parler uniquement allemand avec mes convives pour voir si je me faisais effectivement mieux comprendre. Comme nous avons vu plus haut que cette langue est basée uniquement sur le hasard, j’ai donc choisi des mots de manière aléatoire que j’ai ensuite disposés comme bon me semblait pour former une série de phrases du genre :

„Der/die/das Waschbecken Regenschirm guten tag ich hoffe sehr gut“

Eh bien la soirée s’est très mal déroulée puisque personne n’a compris un traître mot de ce que je racontais.

Pire, j’ai renouvelé l’expérience en Allemagne et j’ai été choqué de constater que MEME LES ALLEMANDS, OUI, VOTRE PEUPLE, NE COMPRENNENT RIEN A L’ALLEMAND.

Vous êtes une femme intelligente, Angela. Je crois que vous serez donc d’accord d’avouer, en toute bonne foi, que cette langue est une vaste escroquerie. De ce fait, je vous remercie, par avance, de bien vouloir, purement et simplement, annuler l’allemand.

Bien à vous,

Michael Gabriele

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