La vérité sur l’existence de Dieu

Belette
Belette

Hier, j’ai eu la preuve que, contrairement à ce que j’ai toujours cru, Dieu existe.

Tout commence à Villeneuve, à 1h du matin, lorsqu’après avoir passé la soirée chez des amis, je monte dans le dernier train pour Lausanne. Mais, au départ de celui-ci, je réalise rapidement que l’on se dirige en fait dans le mauvais sens. Croyant d’abord à une blague du conducteur de la loco, je ris poliment en espérant que la farce ne dure pas trop longtemps parce que je n’ai pas que ça à faire.

Puis, les minutes passant, je commence à envisager que je n’ai peut-être pas affaire à un plaisantin mais plutôt à un imbécile qui vient tout simplement de se tromper de direction. Je n’en reviens pas, ce type a dû suivre des années de formation financée en très grande partie par mes impôts, et il confond toujours l’est et l’ouest !

Scandalisé par une telle erreur, je ne manque pas de montrer mon indignation aux quelques autres voyageurs du wagon et je propose aux plus costauds d’entre eux de former un petit groupe d’intervention pour atteindre l’avant du train, chasser l’énergumène de la cabine et gérer nous-même le retour à la maison.

Et là, stupéfaction, personne ne semble avoir remarqué la méprise. « C’est incroyable !», me dis-je, « toutes les personnes du compartiment sont elles-mêmes en train de se tromper de sens ! ».

C’est alors qu’une vieille dame assise quelques sièges plus loin m’informe timidement que le train pour Lausanne n’était pas sur le quai numéro 1 mais sur le quai numéro 2.

Soit.

C’est donc moi qui me suis trompé.

Mais bon, quel homme raisonnable peut imaginer qu’il y a plus d’un quai à la gare d’un hameau comme Villeneuve ??? J’ai d’ailleurs toujours cru que ce bled était le terminus du réseau ferroviaire. Le bout de tout. La fin de la Suisse. Et maintenant on me dit qu’il y a encore des choses au-delà ?

Conscient qu’une erreur de ce genre à une heure pareille peut rapidement compliquer ma fin de soirée, je me déplace vers l’écran d’information se trouvant au milieu du wagon pour voir où nous nous dirigeons exactement. D’un coup, je suis pris de panique en lisant les prochains arrêts annoncés : Bex – Aigle – St. Moritz.

Que des villages !!! LA CAMPAGNE QUOI !!! Alors, j’imagine le pire : Je me vois seul, dans la nuit totale. Tout autour de moi, des sentiers non goudronnés. Des hérissons agressifs partout dans les champs. Des belettes prêtes à me sauter dessus à tout moment en criant « on va te tuer ! on va te tuer !». Car la belette crie, je l’ai lu dans un bouquin.

En plus je n’ai pas pris ma gourde. Je pourrais donc très bien mourir de soif bien avant qu’un horrible moustique de campagne n’ait le temps de me filer le paludisme ou une autre cochonnerie.

Peu à peu, je me reprends. Je vais certes peut-être livrer mon dernier combat cette nuit, mais je mourrai en héros. Il ne me reste plus qu’à choisir ma destination finale. Bex ? Aigle ? St. Moritz ? Où descendre ?

Alors que je pèse le pour et le contre, nous arrivons à Bex. Je regarde par la fenêtre pour évaluer rapidement la situation. Je ne vois rien. Mais pas dans le sens « aucun danger apparent ». Non. Quand je dis rien, c’est rien : pas une maison, pas un poteau, pas une lumière. Le néant.

Hors de question que je descende et que je meure à rien. Qu’est-ce qu’on écrirait sur ma tombe ?? « Cet inconnu est mort à rien d’on ne sait quoi. » ? Ce n’est pas l’épitaphe type du héros ça.

Il ne me reste donc plus que deux options : Aigle ou St. Moritz.

Concernant St. Moritz, je ne sais pas bien d’où me vient cette idée, mais je suis à peu près sûr qu’on y trouve encore de terribles ours blancs, ces cruels mammifères toujours prêts à vous arracher la tête d’un coup de patte pour un oui ou pour un non. Quant à Aigle, pas besoin d’avoir inventé la roue pour comprendre que l’endroit doit être infesté de volatiles du même nom.

En y réfléchissant, je crois que je préfère mourir par griffure plutôt que par morsure. Chacun son truc.

Avant de descendre du train, submergé par l’émotion, je décide de prendre tour à tour dans mes bras les autres voyageurs en veillant à avoir un mot gentil, une attention, pour chacun. Je sais que je ne les reverrai probablement plus. C’est con, je m’étais attaché.

Je pars donc affronter les dangers de la campagne en ayant accepté mon sort. Quand on y pense, c’est tout de même fou comme une seconde d’inattention peut changer la vie d’un homme. On rit en jouant au UNO entre amis en début de soirée et l’instant d’après on s’apprête à mourir seul en pleine campagne.

En foulant pour la première fois cette terre hostile, je suis surpris de constater que les routes semblent goudronnées. Ici et là, quelques lampadaires pourraient même nous faire croire que jadis, l’homme a habité à Aigle.

Soudain, une voiture surgit de nulle part et s’arrête à ma hauteur. « Je peux vous aider ? », me demande le conducteur.

Dieu existe. Il travaille incognito comme taximan à Aigle et pour frs. 150.- il vous ramène volontiers à Lausanne.

Crédit photo : Bohuš Číčel (oui, c’est un vrai nom)

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